Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara candidat à un quatrième mandat

Désigné en juin par son parti pour briguer un quatrième mandat, Alassane Ouattara faisait durer le suspens depuis plusieurs semaines. Il a finalement annoncé mardi 29 juillet sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025. À la tête du pays depuis 2011, il est salué pour ses réussites économiques et critiqué pour sa gestion du pouvoir, qualifiée d’autoritaire par ses détracteurs.

Sa candidature à la présidentielle du 25 octobre prochain apparaissait inévitable, face à une opposition affaiblie, minée par l’exclusion de plusieurs de ses figures emblématiques. À 83 ans, dont 14 passées à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, pilier incontesté du parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a annoncé mardi 29 juillet sa candidature à un quatrième mandat présidentiel.

Au sein de sa formation politique, qui l’a reconduit à la présidence en juin, il fait office de candidat naturel, tandis que ses opposants dénoncent un verrouillage du jeu démocratique et l’élimination politique de ses principaux adversaires.

Croissance économique, infrastructures… mais aussi inégalités

Une fois au pouvoir, Alassane Ouattara engage une profonde transformation économique. Sous son impulsion, la Côte d’Ivoire devient l’un des champions de la croissance africaine, avec des taux avoisinant ou dépassant 7 % par an. Le pays investit massivement dans les infrastructures : routes, ponts, électrification rurale, ports, stades… et se maintient comme premier producteur mondial de cacao.

Mais ce tableau a ses zones d’ombre. La corruption persiste, les inégalités sociales se creusent, et les secteurs de la santé et de l’éducation restent sous-financés. La dette publique, en constante augmentation, approche aujourd’hui les 60 % du PIB, un niveau jugé excessif par l’opposition, bien qu’elle demeure en-dessous des seuils d’alerte.

Un poids lourd sur la scène régionale

Sur le plan international, Alassane Ouattara conserve une stature de technocrate respecté et de médiateur régional, notamment au sein de la Cédéao. En 2024, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) organisée en Côte d’Ivoire et remportée par les Éléphants est considérée comme un succès diplomatique et logistique, qui renforce l’image du pays.

Mais la stabilité régionale reste fragile. Le Sahel s’enfonce dans la violence jihadiste, et la Côte d’Ivoire doit cohabiter avec des régimes militaires hostiles au nord, notamment au Burkina Faso. Pour l’heure, le pays a réussi à endiguer les incursions terroristes grâce à une politique sécuritaire proactive.

Un pouvoir consolidé mais critiqué

Malgré un retour à la paix relative, la vie politique intérieure est marquée par une concentration du pouvoir exécutif. Les manifestations sont rarement autorisées et les poursuites judiciaires contre des figures de l’opposition entretiennent le sentiment d’un régime de plus en plus autoritaire.

En 2021, après près de dix ans de détention pour quatre chefs de crime contre l’humanité, Laurent Gbagbo, définitivement acquitté par la Cour pénale internationale, est autorisé à rentrer au pays. Il est gracié peu après, dans un geste de réconciliation politique. Mais sa marginalisation dans le jeu électoral, par des décisions administratives et judiciaires, laisse peu de place à une alternance réelle.

« Si on empêche les autres de lutter pour le pouvoir, ce n’est plus une démocratie », déplore Laurent Gbagbo, toujours exclu de la course présidentielle.

Vers un quatrième mandat

Alassane Ouattara a été réélu en 2015 avec 83 % des voix puis en 2020 avec plus de 94 %, à la faveur d’une révision contestée de la Constitution lui permettant de briguer un troisième mandat. Ce dernier scrutin a été entaché de violences, qui ont fait 85 morts.

À l’époque, le président avait annoncé vouloir passer la main, mais la mort soudaine de son dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, avait changé la donne. « Ce n’est pas un mandat que j’aurais souhaité faire, je le fais par obligation citoyenne. Cela permettra de former une nouvelle équipe qui prendra la suite le plus rapidement possible », avait-il alors déclaré à France 24.

Depuis, il avait affirmé avoir « une demi-douzaine de successeurs potentiels », mais donné peu de signes d’un vrai passage de témoin.

« Je suis candidat parce que la constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet » a-t-il déclaré lors de son allocution mardi. Evoquant des défis sécuritaires et économiques « sans précédents », il a promis que « ce nouveau mandat » serait « celui de la transition générationnelle ».

La Rédaction

 

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