Stage non rémunéré : tremplin ou exploitation moderne ?

« Ah ! Dieu merci ! Enfin mon premier stage et donc ma toute première expérience professionnelle. Je quitte la maison le matin, je reviens le soir, j’acquiers des compétences et je gagne de l’argent ne serait qu’un tout petit fond pour assurer mes besoins et aider la famille. L’essentiel est que j’échappe enfin à la honte d’être vu comme celui qui ne fait rien de sa vie ». Telles sont bien souvent les premières pensées qui traversent l’esprit d’un jeune lorsqu’ une entreprise lui ouvre ses portes. Pour beaucoup, le stage incarne cette première brèche dans le mur de l’inaccessibilité professionnelle, une occasion, presque sacrée de prouver sa valeur, de justifier ses années d’études … et de commencer à exister socialement.

Cependant lorsque la porte d’entrée du monde professionnel s’ouvre… mais que la lueur du tarif est éteinte, les jeunes hésitent à franchir le seuil. Le stage, souvent présenté comme la passerelle providentielle vers l’emploi durable, se mue parfois en couloir d’attente sans rémunération, un paradoxe inquiétant dans un monde où l’expérience se monnaie.

Aujourd’hui, au Togo comme ailleurs, des milliers de jeunes diplômés s’engagent dans des stages sans salaire, espérant acquérir « des compétences », « faire un réseau », « augmenter leurs chances d’être embauchés ». Pourtant, plusieurs enquêtes internationales dressent un constat plus sombre : les stages non rémunérés creusent les inégalités, favorisent les entreprises, promeuvent ceux qui ont les ressources pour soutenir une période sans revenu, et renforcent une économie de l’espoir gratuit.

La non-rémunération des stagiaires serait-elle une alternative rentable pour les employeurs ?

Dans un contexte économique tendu, de plus en plus d’entreprises semblent avoir trouvé dans le stage non rémunéré une solution commode. En accueillant des jeunes pleins d’énergie et d’ambition sans contrepartie financière, elles bénéficient d’une main-d’œuvre à coût nul. Ces stagiaires, souvent relégués à des tâches supposées mineures, accomplissent pourtant des missions essentielles au bon fonctionnement des structures. Derrière les discours valorisants et les promesses floues de montée en compétence, se cache parfois une forme déguisée d’exploitation, où la contribution réelle du stagiaire est sous-estimée, voire invisibilisée mais puisqu’un seul bracelet ne fait pas de bruit et que même la plus petite graine peut faire pousser un grand arbre, devrons-nous réellement ignorer la contribution des stagiaires dans le chiffre d’affaires d’une société ou d’une quelconque entreprise ?

Une erreur involontaire

Bien souvent, l’entrée d’un jeune dans une entreprise ne commence même pas par une convention claire. Il est d’abord sollicité de manière informelle, sous forme de service ou de « coup de main temporaire », présenté comme une opportunité à saisir. Mais ce qui devait être ponctuel s’inscrit dans la durée, sans cadre, ni reconnaissance réelle. Ainsi, la courtoisie initiale devient une routine invisible, puis un engagement à part entière, non rémunéré, non reconnu, mais pleinement exploité. L’absence d’un cadre formel ou d’une feuille de route claire entraîne une routine où chacun s’adapte… jusqu’à l’oubli. L’employeur, absorbé par ses priorités, ne se rend plus compte qu’un stagiaire continue de fournir un travail régulier, souvent essentiel, mais sans aucune rétribution. Le jeune, lui, hésite à soulever la question, par peur de compromettre ses chances d’être embauché ou même d’être évincé. Ce silence partagé nourrit une zone grise où l’informel devient la norme.

  Quelles solutions pour sortir de cette logique ? 

Pour inverser la tendance, une double responsabilité s’impose. Aux employeurs d’abord : reconnaître que le stage, aussi formateur soit-il, mérite d’être encadré, balisé, et dans la mesure du possible, valorisé par une compensation. Cela ne passe pas toujours par un salaire conséquent, mais par une juste reconnaissance : transport, restauration, certificat valorisant, feedback constructif ou opportunité de formation. Quant aux jeunes, il est essentiel d’adopter une posture professionnelle dès le départ : clarifier les termes de la mission, poser les bonnes questions, oser évoquer la rémunération avec diplomatie, s’investir Avec délicatesse, ne pas être un spectateur, connaître ses devoirs et les honorer mais aussi ses droits afin de savoir fixer des limites dans le temps. Elle n’est pas toujours volontaire cette situation et l’on ne condamne personne. La bonne communication s’avère très essentielle pour que le stage soit un succès dans les deux camps.

En somme, ce dialogue sincère entre les deux parties, adossé à une régulation plus rigoureuse de la législation en matière de stage, pourrait faire du stage un véritable tremplin et non un terrain d’exploitation.

Jérémie HENEKOU

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