Le numérique a conquis nos mains, nos cœurs et même nos émotions. Autour de nous, des vies se déroulent dans une forme d’invisibilité silencieuse. Des personnes vivent, tombent malades, traversent des difficultés, portent des projets fragiles, appellent parfois à l’aide sans toujours être entendues.
Et pourtant, nous passons. Non pas toujours par méchanceté, mais par distance, par distraction, par retard. Nous voyons sans vraiment regarder. Nous savons sans réellement agir.
Nous sommes présents dans les pensées, mais absents dans les gestes. Car dans notre époque, l’émotion est devenue immédiate, mais l’action, elle, est devenue tardive.
Nous réagissons vite aux images, aux nouvelles, aux disparitions… mais lentement aux besoins réels.
Un message non envoyé, Un appel repoussé, Un soutien reporté.
Autant de petites absences invisibles, mais qui pèsent lourd dans des vies bien réelles.
Puis vient ce moment où tout bascule. La nouvelle d’un décès.
Et soudain, ce que nous n’avons pas fait devient visible.
Ce que nous n’avons pas dit devient public. Ce que nous avons ignoré devient hommage.
Les publications se multiplient. Les mots affluent.
Les émotions se déploient. Comme si la disparition rendait enfin légitime une attention que la vie n’avait jamais su recevoir.
C’est ici que se révèle un malaise plus profond : Nous devenons intensément présents… au moment exact où il est trop tard pour être utiles. Non pas parce que nos émotions sont fausses, mais parce qu’elles arrivent après notre absence. L’hypocrisie ne réside pas dans la douleur, mais dans son décalage.
Peut-être est-il temps de déplacer nos émotions. De les ramener du numérique vers le réel.
De les sortir des hommages pour les transformer en gestes.
Appeler aujourd’hui, Soutenir aujourd’hui, Être présent aujourd’hui.
Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir pourquoi nous pleurons…mais pourquoi nous n’avons pas agi quand il était encore possible de le faire.
Pour vous que signifie « aimer son prochain ? » ou « l’amour », tout simplement ?
L’amour véritable ne se mesure pas à l’intensité des mots prononcés après une absence, mais à la simplicité des gestes posés quand l’autre est encore là. Il n’existe pas de seconde chance pour aimer correctement, pleinement, ni de deuxième vie pour réparer nos silences.
L’amour le vrai, c’est le présent. Aimer, c’est agir dans le temps du vivant, pas dans celui du souvenir. Ce que nous remettons à demain pour dire, pour donner, pour soutenir… devient souvent ce que nous pleurerons trop tard de n’avoir jamais faire. On dit souvent que qui remet à demain trouvera malheur en chemin. Le malheur de n’avoir pas essayer, le malheur de n’avoir pas donné, le malheur de n’avoir pas aimé à temps.
Jérémie HENEKOU


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