Après plus de deux ans d’éloignement forcé, le gouvernement soudanais a officiellement réinvesti la capitale Khartoum, abandonnée depuis le déclenchement du conflit armé en avril 2023. Jusqu’ici installé à Port-Soudan, l’exécutif marque, à travers ce retour, une volonté affichée de reprendre pied au cœur du pays. L’annonce, largement relayée à l’échelle nationale, est présentée par les autorités comme une étape décisive dans le processus de réhabilitation de l’État, après une période de violences qui a profondément meurtri la capitale et désorganisé les institutions.
Le Soudan reste marqué par une guerre dévastatrice opposant, depuis le 15 avril 2023, l’armée régulière aux Forces de soutien rapide. Ce conflit, parmi les plus violents de l’histoire récente du pays, a causé la mort de dizaines de milliers de personnes et entraîné le déplacement interne de plus de 12 millions de civils. À cela s’ajoutent environ 3,5 millions de réfugiés ayant fui vers les pays voisins, accentuant la pression humanitaire et sécuritaire dans toute la région. Dans ce contexte, le Premier ministre Kamil Idris a dévoilé un programme axé sur la remise en état des infrastructures essentielles, avec la reconstruction des hôpitaux, la réouverture des établissements scolaires et universitaires, et la restauration progressive de l’Université de Khartoum, institution emblématique et symbole de la résilience nationale.
Sur le terrain économique, le gouvernement promet un redressement progressif sans recourir à une pression fiscale supplémentaire sur une population déjà fragilisée. Le projet de budget pour l’année 2026, selon les autorités, exclut toute création de nouvelles taxes. Il vise également à ramener l’inflation à environ 70 %, à relancer la croissance du produit intérieur brut jusqu’à 10 % et à stabiliser la monnaie nationale. Des ambitions élevées, alors que le pays sort d’une récession sévère : en 2023, l’économie soudanaise s’est contractée d’environ 30 %, l’inflation a dépassé les 170 % et les pertes financières cumulées se comptent en dizaines de milliards de dollars, avec des répercussions économiques sensibles au-delà des frontières du Soudan.
Au-delà de sa dimension administrative, le retour du gouvernement à Khartoum revêt une forte valeur symbolique. Il est perçu par de nombreux observateurs comme un signal de reprise progressive de l’autorité de l’État et de normalisation institutionnelle. Toutefois, cette étape reste fragile. Le défi majeur demeure la traduction de cette présence politique en améliorations tangibles pour la population, dans un pays encore confronté à des défis sécuritaires persistants, à une crise humanitaire aiguë et à une économie profondément affaiblie.
Jérémie HENEKOU

